Marcher… une tradition philosophique….

Pour Verlaine, Rimbaud était  » l’homme aux semelles de vent « . Lui-même, très jeune, s’était jugé ainsi : « Je suis un piéton, rien de plus. »
Rimbaud
« Je ne fais jamais rien qu’à la promenade, la campagne est mon cabinet ; l’aspect d’une table, du papier et des livres me donne de l’ennui, l’appareil du travail me décourage, si je m’assieds pour écrire je ne trouve rien et la nécessité d’avoir de l’esprit me l’ôte »
Rousseau – Mon portrait
« Etre « cul-de-plomb », je le répète, c’est le vrai péché contre l’esprit. »
Nietzsche – Ecce Homo
« Mes pensées dorment, si je les assis. Mon esprit ne va, si les jambes ne l’agitent. »
Montaigne
« Il est vain de s’asseoir pour écrire quand on ne s’est jamais levé pour vivre. »
Thoreau – Journal

Etc, etc…

Tous ces philosophes, ces poètes, ces romanciers, ces penseurs sont des marcheurs… La marche, une tradition philosophique, depuis Aristote…

« Aristote, déjà, reprend une tradition grecque qui associe la pensée et la marche. Aristote faisait cours en se promenant sous les arcades du Lycée ; les élèves de cette école étaient appelés péripatéticiens, du grec peripatien : se promener.

Aristote

Aristote

Les Sophistes allaient de ville en ville, enseignant la rhétorique, Nous connaissons les promenades de Socrate, à l’intérieur et à l’extérieur des murailles; il aimait marcher et parler, marcher et converser; si une pensée lui venait, il s’arrêtait cependant et il pouvait demeurer longtemps immobile, une fois il lui est arrivé de rester une nuit entière sans bouger.
Les Stoïciens doivent leur nom aux colonnades d’Athènes, la stoa, une galerie où ils déambulaient en discutant. C’est donc la philosophie qui établit ce lien entre la pensée et la marche.

Les Sophistes

Les Sophistes

Les poètes ont également cheminé dans leurs écrits ; nous savons que Dante s’y est égaré, La divine Comédie est une pérégrination, une version chrétienne de la descente d’Orphée aux Enfers, un mythe qui à son tour a trouvé des échos chez les troubadours.

Dante

Dante

Ce sont les poètes qui, les premiers, ont pris la route. Il suffit de penser aux pérégrinations de Hölderlin, aux randonnées de William Wordsworth et de sa sœur Dorothy Wordsworth (1770 – 1850) qui, à travers leurs randonnées dans le Lake District et en Europe et à travers les écrits qui les accompagnent – poèmes, essais, journaux et lettres – ont jeté les bases de cet exercice romantique qu’est la marche. Aux escapades inlassables de Rimbaud pour fuir sa ville natale. Quant à Charles Baudelaire, le promeneur des villes, il est le père de tous les flâneurs (on dit que Baudelaire fut souvent observé devant son immeuble en vêtements de nuit; il arpentait les rues en pyjama, démontant ainsi qu’il avait fait de l’extérieur un intérieur; le poète a dû aimer l’idée que la rue puisse être sa maison.


A notre époque il y a peu d’auteurs qui ont autant marché que Bruce Chatwin. Pendant toute sa vie d’écrivain il a rêvé d’écrire un livre sur les nomades; dans une note préparatoire à ce qui devait être son chef-d’œuvre, il attire l’attention sur le fait que le mot anglais désignant le voyage, travel, a la même étymologie que le mot français travail. »
MARCHER de Tomas ESPEDAL

Chatwin

Chatwin

et encore…
.Arthur Rimbaud
.Jean-Jacques Rousseau
.Friedrich Nietzsche
.Michel de Montaigne, David Henry Thoreau, Charles Péguy, David Herbert Lawrence, Søren Kierkegaard
.Les Cyniques

cliquez sur les noms pour trouver leurs propos sur la marche…

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7 réflexions au sujet de « Marcher… une tradition philosophique…. »

    • Pour les Femmes, j’en avais mentionné une dans l’article sur le Piémont :
      https://pajonviafrancigena.wordpress.com/2014/08/13/le-piemont/
       » On affirme souvent que c’est William Wordsworth et sa sœur Dorothy Wordsworth (1770 – 1850) qui, à travers leurs randonnées et les écrits qui les accompagnent – poèmes, essais, journaux et lettres – ont jeté les bases de cet exercice romantique qu’est la marche. »
      Je vais le rappeler dans cet article… Mais c’est vrai que c’est pauvre en femmes philosophes déjà, et marcheuses en plus. Moi je n’en connais qu’une qui se nomme Djodjo alias Raboliot-Dom…

      Pour les Cyniques, ce devaient-être de sacrés lascars quand même, et eux au moins ils vivaient leur discours jusqu’au bout, ils n’étaient pas que dans la rhétorique et l’effet de manche comme actuellement… je peux donner des noms.

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  1. Et dans la série écrivain marcheur nous avons aussi Lanzmann (Jacques, pas Claude) qui a dit, fidèle à sa devise : « Si tu veux te trouver, commence par te perdre ». Jacques Lanzmann était un grand passionné de la marche et des voyages, auxquels il consacra plusieurs livres. (merci Wikipédia). Jacques Lanzmann est surnommé par Michel Tournier « le plus grand marcheur des lettres contemporaines ».
    Et puis j’en connais un autre, je crois qu’il s’appelle Gildom… ou quelque chose comme ça … 🙂
    Merci les rabiolots ! O**

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    • Bonjour Cher-e Anonymus O**…
      Merci pour cette précision, il m’avait échappé le Jacques Lanzmann… un sacré bougre celui-là !!! Lui aussi avait une écriture qui avance, une écriture qui marche… « Il est vain de s’asseoir pour écrire, quand on ne s’est jamais levé pour vivre » D.H.Thoreau

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  2. Ping : TOSCANA i LIGURIA | le Chemin d'Assise

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